• Ces enfants qu'on prostitue

     roumains, albanais, africains, de plus en plus de mineurs, garçons et filles, arpentent les trottoirs de nos villes. Le gouvernement a décidé de sanctionner durement les clients «Cette année, pour la première fois, on a vu un garçon de 9 ans et demi porte Dauphine», raconte le père Patrick Giros, qui sillonne depuis vingt ans les rues de Paris aux côtés des bénévoles de son association, Aux captifs la libération. Vendredi, 22 heures: le bus démarre, direction cours de Vincennes. Attirés par l'odeur du café, une poignée de prostitués s'y engouffrent à chaque arrêt: des travestis, des femmes et, c'est nouveau, des enfants. «Depuis quelques mois, des gosses de 13 ou 14 ans montent boire un chocolat, affirme le père Giros. Plus ils sont jeunes, plus ils gagnent. Le client d'aujourd'hui cherche de la chair fraîche: à 18 ans, ils sont déjà vieux.» Les clients majeurs des prostitués âgés de 15 à 18 ans risqueraient jusqu'à sept ans de prison A la veille du Congrès mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, qui réunit une centaine de pays, du 17 au 20 décembre, à Yokohama, au Japon, la France semble découvrir que la prostitution des enfants, qu'elle pensait réservée aux trottoirs de Manille, se développe de manière inquiétante sur son sol. Ils sont français, roumains, albanais. Elles viennent du Nigeria, du Bénin ou de la Sierra Leone. Près de 8 000 mineurs seraient prostitués en France, selon l'Unicef. De leur côté, les associations présentes sur le terrain refusent d'avancer le moindre chiffre. Le trafic des mineurs est tel que Lionel Jospin a annoncé, le 15 novembre dernier, une mesure répressive inédite: les clients majeurs des prostitués âgés de 15 à 18 ans risqueraient jusqu'à sept ans de prison et 15 245 euros (100 000 francs) d'amende - jusque-là, ils bénéficiaient d'un vide juridique, la loi ne condamnant les relations sexuelles qu'avec les moins de 15 ans. «Des centaines de gamins sont prostitués sur les trottoirs de Paris, de Strasbourg ou de Marseille, je les ai rencontrés», confirme le député socialiste Alain Vidalies, rapporteur de la mission d'information sur l'esclavage moderne, qui devait rendre ses conclusions le 13 décembre. Pendant huit mois, avec quatre parlementaires, il a écouté les récits effarants des petits prostitués des grandes villes de France, mais aussi, pour comparer, d'Ukraine et de Moldavie. La mission préconise l'adoption de deux mesures urgentes dans l'Hexagone: la création de refuges sécurisés pour les mineurs prostitués et celle d'un «statut» de victime. Comme en Italie: là-bas, les prostitués qui dénoncent un réseau ont droit à des papiers et à une protection sociale. «Si l'on veut faire tomber les bandes organisées, il faut protéger les enfants, à la fois victimes et témoins», renchérit Martine Brousse, directrice de La Voix de l'enfant. Longtemps, la prostitution enfantine est restée taboue en France. «Personne n'écoutait les éducateurs de terrain tirer la sonnette d'alarme, regrette Karine Pidery, chargée de mission à l'Ecpat, une ONG qui lutte depuis 1990 contre le trafic international d'enfants. Le sujet dérange les politiques, les parents, les policiers, parce qu'il touche les enfants et que l'on manque de solutions.» Paradoxe, la prostitution enfantine flambe dans l'Hexagone au moment où les Français disent la tolérer de moins en moins: 96% estiment que le tourisme sexuel est «tout à fait inacceptable» quand il concerne les enfants, selon un sondage commandé par l'Unicef à l'occasion du sommet de Yokohama. Et 98% pensent qu'il doit être sévèrement réprimé. «En réalité, une nouvelle forme de tourisme sexuel se développe, cette fois en France, s'insurge Karine Pidery. On ne prend plus l'avion pour trouver des mineurs en Thaïlande, mais on en importe à domicile par réseau organisé: c'est scandaleux.» Au début des années 90, les ados prostitués, en provenance des pays de l'Est et du Maghreb, n'étaient que quelques dizaines, à Nîmes, à Nice ou à Fréjus. «A présent, ils arrivent par vagues, constate Florence Hodan, responsable de programme à l'Association contre la prostitution enfantine. Les proxénètes les récupèrent aux abords des gares ou des aéroports. Au pays, on leur promet un job de baby-sitter, une compétition sportive... Bref, l'eldorado.» «Il faut des années avant qu'ils refassent confiance à une grande personne» Les filles et les garçons lancés sur le trottoir à 14 ans n'arrivent pas tous de l'étranger, ils sont aussi français. «C'est à peu près moitié-moitié», estime le père Giros. Comme cette fille de 14 ans qui a fui les coups maternels ou cet adolescent violé par son oncle, la plupart ont un passé familial calamiteux. Porte Dauphine, 50% des jeunes ont été abusés par des parents incestueux ou des éducateurs pédophiles avant de se retrouver sur le trottoir, selon l'association Aux captifs la libération. D'autres ont connu la prison et ne veulent pas y retourner. «Il y a vingt ans, les jeunes piquaient des cyclomoteurs; aujourd'hui, ils se prostituent, ça leur permet de gagner de l'argent en évitant la prison», poursuit le prêtre. «Il existe aussi des cas de prostitution organisée par la famille, ajoute Laurence Trellet-Flores, chargée de cours à l'université Paris X, qui a enquêté sur ce phénomène en France. Le père, la mère, voire le beau-père ou les frères, amènent les filles à se prostituer, très jeunes, avec une violence extrême.» L'inimaginable s'est produit, il y a peu, dans un quartier populaire d'Outreau, près de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Le 16 novembre, six personnes ont été mises en examen pour viols et agressions sexuelles aggravés. Des parents leur permettaient de filmer et d'abuser de leurs enfants, âgés de 4 à 12 ans, contre de l'argent. Qui sont ces clients qui viennent chercher de la chair fraîche, du plaisir ou de la tendresse auprès de gamins perdus? Se branchent-ils sur Internet? Louent-ils des films X? «Ces délinquants sexuels ressemblent à M. Tout-le-Monde, explique Martine Brousse. Il n'est pas rare de voir un siège bébé à l'arrière de leur voiture. Ils manquent de maturité, cherchent des enfants parce que ceux-ci sont synonymes de beauté et de bonne santé, et les réduisent en esclavage.» Depuis septembre, les membres du Bus des femmes, pour la plupart d'anciennes prostituées, refusent de distribuer des préservatifs aux plus jeunes: «En donnant des capotes à des gamins de 10 ans, on se rend complice des réseaux», explique France, coordinatrice du Bus. Le 27 novembre, la garde des Sceaux, Marylise Lebranchu, a répondu qu'il fallait continuer la distribution: les jeunes qui subissent la «traite des êtres humains» n'ont pas, en plus, à attraper des maladies, a-t-elle expliqué devant les députés. Quitte à les encourager? Evidemment, il vaudrait mieux les prendre en charge. Mais ce n'est pas si simple. Ségolène Royal, ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance, a annoncé la création de deux foyers pour mineurs isolés, l'un à Paris, l'autre à Taverny (Val-d'Oise). Mais les riverains protestent comme s'il s'agissait d'une nuisance. Et les mineurs, eux, voudront-ils y aller? «Il est difficile de les faire décrocher, explique le médecin Stéphane Tessier, qui a publié un livre sur les jeunes errants, L'Enfant des rues et son univers (Syros). Ils sont arrivés à un stade où ce n'est plus de l'aide qu'ils cherchent, mais des clients. Les relations qu'ils entretiennent avec les adultes sont exclusivement économiques: "Je donne de l'argent au proxénète, je prends l'argent du client." Il faut des années avant qu'ils refassent confiance à une grande personne.» Texte de Marie Huret (l'express)

  • Commentaires

    1
    Lima
    Mercredi 29 Août 2007 à 18:18
    Sensibilisation
    Je suis trés sensibilisé pour le sujet.La situation est triste et Il faut pas oublier les ados. J'ai aussi trouvé un site interessant pour la sensibilisation des jeunes aux risques de prostitution. www.passe-passe.org
    2
    ange
    Mercredi 29 Août 2007 à 19:04
    réponse
    bonsoir oui je suis très sensible à tout ce qui touche les enfants bonne soirée merci pour le lien
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